L’une des principales fêtes prescrites par la Torah est Soukkot, qui signifie littéralement « abris ». Cette fête dure une semaine, pendant laquelle nous avons l’obligation de « résider » dans une soukkah.
Vous résiderez dans des abris pendant sept jours. Tout résident parmi les Israélites demeurera dans des abris, afin que vos générations [futures] sachent que J’ai fait résider les enfants d’Israël dans des abris lorsque Je les ai fait sortir du pays d’Égypte.1
Mais pourquoi cela justifierait-il une grande fête annuelle ? Après tout, il est naturel de construire des abris lorsque l’on traverse le désert. Puisque des habitations permanentes n’étaient pas envisageables, des abris temporaires constituaient le choix logique. Pourquoi donc en faire une fête ?
De plus, le verset dit que D.ieu « fit résider les Israélites dans des abris ». Mais si le peuple construisit ces abris par nécessité, pourquoi les attribuer à une intervention céleste ?
Les Sages du Talmud se sont penchés sur ces questions et ont proposé que les abris ne désignent pas (seulement) des tentes et des cabanes de fortune, mais les nuées de gloire que le Tout-Puissant procura aux Israélites pendant les quarante années de leur séjour.2
Mais en quoi cette explication nous aide-t-elle à comprendre pourquoi le don des nuées de gloire mérite qu’une grande fête d’une semaine soit célébrée année après année ? Après tout, la Torah mentionne de nombreux bienfaits que D.ieu accorda aux Israélites durant leur long séjour dans le désert, notamment la manne céleste pour se nourrir et l’eau du puits de Myriam pour boire. Pourtant, nous ne marquons ces miracles constants d’aucune fête !
Pourquoi tant de souplesse concernant les parois ?
Une autre question importante se pose au sujet de la soukkah : selon la loi juive, une soukkah est casher avec seulement deux parois et un peu d’une troisième. Bien qu’il soit préférable que la soukkah possède quatre parois, cela n’est pas strictement nécessaire. Mais si la soukkah est destinée à commémorer les nuées qui entouraient les Israélites, ne devrait-elle pas entourer la personne de tous côtés, tout comme les nuées ?
De plus, le terme soukkah désigne principalement la couverture située au-dessus. Les règles strictes déterminant quels matériaux peuvent être utilisés ne s’appliquent qu’au sekhakh, le toit de la soukkah. En revanche, les parois peuvent être faites de n’importe quel matériau. Mais si la soukkah commémore les nuées qui entouraient les Israélites, les parois ne devraient-elles pas être soumises aux mêmes exigences ?
Toutes les nuées ne se valent pas
Avec une créativité saisissante et un grand souci du détail, le Rabbi met au jour une idée essentielle permettant de comprendre la raison de la mitsva de résider dans la soukkah et celle de la fête de Soukkot. En parcourant les textes midrashiques et le commentaire de Rachi sur la Torah, on constate que le terme « nuées de gloire » est parfois employé,3 tandis qu’à d’autres endroits il est simplement question de « nuées ».4 Pourquoi ? Existe-t-il une différence entre les deux ?
Le Rabbi explique qu’il existe effectivement une distinction importante. Les « nuées de gloire » désignent les nuées dont la seule fonction était d’honorer les Israélites par une manifestation visible de la Présence divine. Comme leur nom l’indique, elles étaient destinées à apporter de la « gloire » aux enfants d’Israël. En revanche, lorsque le terme « nuées » est employé seul, il désigne les nombreux services pratiques qu’elles rendaient, par exemple en abritant les Israélites de la rigueur du climat désertique et en les protégeant des attaques violentes. Ces fonctions n’avaient pas pour objet d’apporter de la « gloire », mais de leur permettre de survivre dans le désert.
Les nuées qui remplissaient ces fonctions pratiques entouraient les Israélites des quatre côtés. En revanche, les « nuées de gloire » planaient au-dessus d’eux.
Que commémorons-nous à Soukkot ?
Les nuées ordinaires étaient fournies afin d’assurer la survie des Israélites et D.ieu était donc, pour ainsi dire, tenu de les leur procurer, puisqu’Il les avait Lui-même conduits dans cette zone dangereuse. Il n’y avait là rien à célébrer, pas plus que pour le puits de Myriam ou la manne.
En revanche, les nuées de gloire supplémentaires étaient un don entièrement gratuit et un symbole de l’amour divin sans limites. En reconnaissance de ce geste d’amour, nous célébrons une fête au cours de laquelle nous entrons dans une soukkah, qui représente l’étreinte de notre Créateur et Protecteur aimant.
Nous comprenons à présent pourquoi seule la couverture de la soukkah – le sekhakh – doit être composée de matériaux spécifiques (tandis que les parois peuvent être faites de n’importe quel matériau). Puisque la fête existe pour commémorer les nuées de gloire qui planaient au-dessus des Israélites, ce sont principalement ces nuées que la fête rappelle.
Pour la même raison, il n’est pas strictement nécessaire que la soukkah possède quatre parois, car ses parois ne sont pas destinées à représenter les nuées qui entouraient les Israélites. Ces nuées ordinaires remplissaient une fonction matérielle (bien que vitale) et ne constituaient pas la raison principale de la fête de Soukkot.
Nous pouvons désormais mieux comprendre pourquoi les kabbalistes nous enseignent que la soukkah est semblable à l’étreinte de D.ieu, comme l’exprime le verset : « Sa main droite m’étreint. »5 De fait, toute l’idée de Soukkot est de nous rappeler que nous sommes continuellement dans la chaleureuse étreinte de D.ieu, enveloppés de Son amour infini. Le monde peut être rude, mais, blottis dans les bras de D.ieu, nous pouvons être assurés qu’Il continuera de nous guider et de nous protéger.
Adapté de Likoutei Si’hot, vol. 18, paracha ‘Houkat III.

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