Un ‘hassid vint un jour voir le Rabbi pour un problème : il se sentait débordé. Il dirigeait une école juive de la ville, tenait une chronique hebdomadaire pour le journal juif local et écrivait pour plusieurs autres publications. On le sollicitait constamment pour des conseils personnels et de l’aide, et il avait également acquis une réputation d’orateur. En outre, il avait sa propre vie de famille. Il dit au Rabbi qu’il ne voyait pas comment il pourrait continuer et demanda conseil au Rabbi sur les activités qu’il devrait réduire.
Le Rabbi ne répondit pas immédiatement, et le ‘hassid pensa qu’il réfléchissait aux possibilités. Quand il répondit finalement, le ‘hassid fut cependant déconcerté. « J’aimerais que vous assumiez de nouvelles responsabilités pour diriger les activités de Loubavitch dans votre ville », demanda le Rabbi.
« Comment est-ce possible ? » répondit le ‘hassid. « Je suis débordé par ce que je fais actuellement et je ne vois pas comment je pourrais y arriver sans diminuer mes activités. »
« Ce que vous faites maintenant », répondit le Rabbi, « vous ne le faites pas avec vos propres forces, mais avec les forces de D.ieu. D.ieu n’a pas de limites. Tout comme Il vous donne le potentiel de faire ce que vous faites maintenant, Il peut certainement vous donner le potentiel d’entreprendre des responsabilités plus importantes. »
Quand une personne se consacre au service de D.ieu, elle est capable de transformer sa personnalité et de découvrir de nouvelles ressources en soi.
Parachat Nasso
Le nom de la lecture de Torah de cette semaine, Nasso, signifie « Élève ». Elle est toujours lue soit juste avant soit juste après la fête de Chavouot, soulignant comment la Torah est le moyen qui permet à une personne de s’élever. Elle lui donne le potentiel de s’élever au-dessus des limites de l’entendement humain et d’entrer en relation avec D.ieu selon les voies qu’Il a établies.
Une difficulté implicite se présente toutefois dans un tel concept : quand nous parlons de transcender notre identité personnelle, cela implique généralement d’abandonner notre individualité ; de se conformer à un code de conduite donné par D.ieu et ainsi renoncer à nos volontés et personnalités individuelles.
Ce n’est pas l’approche du judaïsme. Le judaïsme enseigne à une personne comment s’élever au-dessus de soi-même : se conduire de façon divine, non pas en oubliant qui elle est et quels potentiels lui ont été accordés, mais en utilisant ce potentiel pour un but divin.
Cette fusion d’effort individuel et de direction divine se reflète dans les derniers passages de la lecture de Torah de cette semaine qui décrivent les sacrifices apportés par les dirigeants des tribus. En examinant ces passages, on ne peut manquer d’être frappé par la redondance apparente qu’ils contiennent. Chaque dirigeant apporta une offrande identique : le même nombre d’animaux, la même mesure d’encens, des coupes d’argent de la même taille, et pourtant le récit des offrandes est répété à l’identique pour chaque dirigeant.
Les commentateurs s’interrogent : la Torah prend soin de ne jamais utiliser un mot superflu ou même une lettre superflue. Pourquoi alors répète-t-elle le passage entier douze fois ? Elle aurait pu énoncer le passage une fois et dire ensuite : « Ces mêmes offrandes furent apportées par chaque chef de tribu. »
Les commentateurs expliquent que la Torah enseigne que les sacrifices des dirigeants étaient en réalité différents. Bien qu’ils aient apporté les mêmes éléments, chacun avait une intention particulière et distincte. Chacun voyait les sacrifices comme représentatifs du service divin propre à sa tribu. En offrant ces sacrifices, il s’identifiait et exprimait la mission et la nature particulières de son héritage ancestral. L’acte était le même ; l’engagement spirituel variait selon le dirigeant.
Ces concepts s’appliquent à chacun d’entre nous. Nous allons tous mettre des téfiline semblables, allumer des bougies de Chabbat semblables, et observer toutes les autres lois de la Torah qui s’appliquent à tous. Cela n’implique cependant pas une conformité grégaire. Au contraire, cela ouvre une large voie pour que chaque personne serve D.ieu, mais plutôt que de le faire selon nos caprices, nous le ferons selon la volonté de D.ieu.
En d’autres termes, si nous suivions notre propre inspiration, une personne pourrait décider de servir D.ieu par la prière méditative, une autre par des actes de bonté, et une troisième, en contemplant l’unité présente dans la nature. L’approche de chaque personne serait différente. Chaque personne entrerait en relation avec D.ieu comme elle le souhaite. La beauté même de cette approche comporte cependant un inconvénient, car puisque c’est « comme elle le souhaite », une forte dose de subjectivité entre en jeu. En définitive, le « comme elle le souhaite » révélerait son défaut fondamental : qu’il ne correspond pas nécessairement à la volonté de D.ieu.
Quand, en revanche, une personne observe la Torah et ses mitsvot, elle fait ce que D.ieu veut. Néanmoins, dans ce cadre, elle a amplement – en fait, infiniment – de la place pour l’expression de soi, car l’intention et le mode d’observance sont laissés à son choix et son initiative. Une fois encore, le même acte peut signifier beaucoup de choses différentes pour beaucoup de personnes différentes.
En regardant vers l’horizon
Ce concept de diversité dans une approche unifiée se manifestera également à l’ère de la Rédemption. La venue de Machia’h ne signifiera pas la fin de l’individualité et de l’expression personnelle. Au contraire, à cette époque, il apparaîtra que chaque voie d’expression est authentiquement divine et fut créée uniquement pour exprimer une dimension particulière de Son être. Car l’unité parfaite implique la manifestation d’une entité unique en de nombreuses formes.
À cette époque, le monde sera baigné d’une révélation de lumière divine. Cette lumière ne nous rendra pas aveugles devant les caractéristiques individuelles de chaque entité. Au contraire, elle permettra aux aspects positifs de chaque entité de briller avec une intensité accrue.

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